Le profit en tant que but ne suffit plus : Rééquilibrer le triple bilan (partie 2 d'une série de 3 parties)

16 septembre 2020

Quel est l'objectif de l'évolution et de l'expansion des entreprises ? La Fondation Upside, le Centre Pond-Deshpande et Propel explorent le passé, le présent et l'avenir potentiel des entreprises et leur intersection avec la finalité sociale. Le prochain article de cette série de trois explore le triple bilan - profit, personnes et planète - et comment nous commençons à rééquilibrer ce tabouret à trois pattes.

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Dans notre dernier article, Jennifer Couldrey a examiné comment les entreprises sont passées d'un statut de petites entreprises locales à celui d'entreprises définies par la restitution d'une valeur maximale à leurs actionnaires. Le retour d'une valeur maximale à un petit nombre d'actionnaires signifie que "bien faire" et "faire le bien" sont souvent binaires dans la culture populaire. Bien que ces dichotomies aient toujours été des généralisations excessives, le fossé entre les affaires (bien faire) et l'impact social (faire le bien) s'est creusé au cours des dernières décennies avec la tendance continue à la centralisation de la richesse dans de petits pourcentages de personnes. 

En réponse à l'écart grandissant entre le bien et le mal, nous assistons à un changement de cap : les entreprises ne se contentent plus d'offrir un rendement maximal à leurs actionnaires, mais se mettent au service de leurs parties prenantes - qui comprennent des personnes comme le personnel et la communauté, en plus des actionnaires, ainsi que la planète en prenant en compte des éléments comme les chaînes d'approvisionnement et les émissions de gaz à effet de serre. Cette évolution des entreprises vers une approche centrée sur les parties prenantes plutôt que sur les actionnaires s'est accélérée et s'est récemment traduite par les principes de la Business Roundtable, composée de certaines des entreprises les plus influentes de notre époque, dont Apple, Nike et P&G.

Vous avez peut-être entendu parler du triple bilan dans le but de refléter la responsabilité d'une entreprise envers ses parties prenantes au sens large (y compris, mais pas uniquement, ses actionnaires). Les trois piliers du tabouret du triple bilan sont : le profit, les personnes et la planète. Pour poursuivre la métaphore du triple bilan en tant que tabouret à trois pattes, le passé s’est attaché à construire une "patte" de profit très solide au détriment des deux autres pattes, ce qui a conduit à un déséquilibre. Nous nous efforçons maintenant de rééquilibrer la situation pour que le tabouret ne bascule pas.

Mesurer le triple bilan

Vous ne pouvez pas gérer ce que vous ne mesurez pas (ou ne pouvez pas mesurer)

Cet adage semble être l'un des plus importants éléments de sagesse du monde des affaires, attribué à Peter Drucker.

Afin de renforcer les jambes métaphoriques "les gens et la planète" du tabouret à triple bilan, nous devons être capables de les mesurer. Nous disposons de mesures très sophistiquées de l'argent et du profit grâce à une comptabilité formelle, avec des dizaines de personnes exerçant cette profession dans le monde entier.  

La mesure des avantages pour les personnes et la planète, souvent appelée impact, est un domaine émergent. Le mouvement vers la mesure ou la quantification de l'impact est connu sous de nombreux noms : mesure de l'impact, retour social sur investissement (SROI), définition de votre théorie du changement, ESG - gouvernance environnementale, sociale - entre autres. Les praticiens et les entrepreneurs dans le domaine de la mesure de l'impact se développent également - au Canada, l'Approche commune de la mesure de l'impact, basée à l'Université de Carleton, est un effort conjoint de diverses parties prenantes - universités, gouvernements et entreprises - pour permettre la mesure de l'impact et la rendre plus facile. Leurs "fondements communs" pour mesurer l'impact sont les suivants

  • Planifiez votre changement prévu
  • Utiliser des mesures de performance
  • Rassembler des informations utiles
  • Jauger les performances et l'impact
  • Rapport sur les résultats

 

Cela semble facile, même si l'accord général sur la mesure et la communication de l'impact (planète et personnes) n'est pas encore atteint - ce qui signifie aussi qu'il y a de nombreuses possibilités. Voici quelques exemples canadiens : Simpact, qui propose des cours de stratégie et de formation pour mesurer l'impact (ou SROI - Social Return on Investment), RIDDL et Sametrica qui proposent des solutions technologiques pour mesurer l'impact et établir des rapports d'impact, Active Impact qui investit dans des entreprises axées sur l'impact et à la recherche d'investissements en actions, et pour ceux qui cherchent à investir avec impact, les investissements axés sur l'impact sont en hausse avec Rally Assets, New Market Funds, Vancity qui propose des offres. Même Wealthsimple offre des options pour investir avec impact. Et cette liste n'est que la partie émergée de l'iceberg.


Évolution des types de sociétés permettant le renforcement du triple bilan

Nous pensons souvent aux organisations qui existent soit comme une entreprise à but lucratif soit comme une entreprise à but non lucratif, mais les structures des entreprises ont évolué. L'évolution des types de sociétés et de leur mode d'action est un autre élément important du rééquilibrage du triple bilan.

Nesta a réalisé le grand graphique ci-dessus (expliqué plus en détail ici) qui met en évidence le continuum des entreprises sociales. De part et d'autre, on trouve les types d'organisations traditionnelles auxquelles nous pensons et, au milieu, les nouvelles façons d'agir des organisations - des organisations caritatives qui fournissent des services ou des produits payants dans le cadre de leur stratégie financière et d'impact, aux organisations à but lucratif qui existent dans un but social. 


La principale différence entre les types d'organisations figurant dans la case grise - entreprise sociale - est qu'elles poursuivent un objectif social en tant que fonction essentielle de l'entreprise, qu'elle soit à but lucratif ou non. Le Pond-Deshpande Centre et Propel sont tous deux basés sur la côte est du Canada et soutiennent les entrepreneurs. Parmi les exemples d'entreprises sociales de la côte Est, on trouve des organisations caritatives qui perçoivent des revenus de contrats "en mission", comme Key Industries, qui emploie et sert des adultes handicapés, gère un certain nombre de biens immobiliers à but social et vend des objets de valeur. Jaza Energy est une entreprise à but social récemment lancée sur la côte est - une entreprise technologique qui construit un réseau de centres d'énergie renouvelable dans des communautés situées au-delà du réseau électrique. De nombreuses entreprises socialement responsables ont également été lancées au cours des cinq dernières années, notamment Beauceron Security, qui permet aux individus de réduire les risques informatiques au sein des entreprises, et Side Door, qui permet aux gens de se connecter à la musique et aux arts en ligne et dans des lieux alternatifs.

Le Canada a la possibilité de rééquilibrer le triple bilan

En 2019, Thompson Reuters a publié un rapport avec des données de 2016 classer le Canada comme le meilleur pays au monde pour être un entrepreneur social basée sur 6 facteurs : soutien du gouvernement, attirer du personnel qualifié, compréhension du public, gagner sa vie, gagner de l'élan et accès aux investissements. Il existe un certain nombre de groupes et d'associations qui travaillent à favoriser l'entreprise sociale dans tout le pays, notamment le Programme de préparation à l'investissement, Social Value Canada, le Centre pour l'innovation sociale, le Conseil canadien pour l'entreprise sociale, Innovation sociale Canada, la Fondation McConnell, parmi beaucoup d'autres.

Le PDG de Venture for Canada - une organisation nationale qui place les meilleurs talents dans les PME canadiennes et les entreprises en phase de démarrage, et dont je fais partie du conseil d'administration - a récemment commenté dans Future of Good (une autre entreprise sociale canadienne) la façon dont la Nouvelle-Zélande a créé un programme de visa de travailleur à impact social pour attirer des travailleurs et des entrepreneurs plus axés sur la société. Ce programme n'existe pas encore au Canada, mais quel changement pourrait être catalysé s'il existait ?

Le profit n'est pas un mal. Il fait partie de l'équation, et il en est une partie importante. Mais ce n'est qu'un des piliers du triple bilan. Travailler au renforcement de la population et de la planète offre de nombreuses possibilités, qu'il s'agisse de créer des entreprises à vocation sociale, de mesurer et de communiquer l'impact de votre entreprise ou d'aider les entreprises ou les pouvoirs publics à mesurer leur impact.  

Comment faites-vous des progrès tangibles vers l'équilibre du triple bilan ?

Restez à l'écoute pour le prochain épisode de notre série, The Future of Purpose-Driven Companies, de Charlotte Murray.


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Cet article est le deuxième d'une série d'articles publiés par Propel - l'accélérateur virtuel pour les entreprises technologiques du Canada atlantique, BE.for.CHANGE Ventures, un programme du Centre Pond-Deshpande de l'Université du Nouveau-Brunswick visant à accélérer l'entrepreneuriat social dans le Canada atlantique, et la Fondation Upside du Canada, qui permet aux fondateurs d'entreprises canadiennes en phase de démarrage et à forte croissance d'intégrer la responsabilité sociale dans leur entreprise en promettant des capitaux à l'organisme de bienfaisance de leur choix et en rejoignant une communauté d'entrepreneurs partageant les mêmes idées.

Nous espérons que vous vous joindrez à la conversation sur l'avenir de l'entrepreneuriat social. 

#SocialBusiness #SocialChange #SocialGood

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Écrit par Vanessa Paesani

Vanessa Paesani est la fondatrice et la directrice du groupe Folding Chair - une équipe qui travaille avec des organisations qui s'efforcent de mettre l'objectif au centre de leur stratégie et de leur culture. Elle concentre actuellement l'essentiel de son travail au Centre Pond-Deshpande. 

La carrière de Vanessa est ancrée dans la science et l'éducation qu'elle applique dans les affaires. Sa formation en sciences lui permet de bien comprendre comment construire des hypothèses et des expériences, et mesurer les résultats. Sa formation dans l'éducation lui rappelle que rien n'est possible sans les gens.

Elle a voyagé sur les 5 continents et a travaillé au niveau local et international. Elle a notamment contribué à la création d'un organisme de bienfaisance qui dispense une éducation en matière d'énergie et d'environnement, qui a débuté dans un garage (littéralement) et qui est devenu une institution provinciale soutenue par les principales parties prenantes. Elle a dirigé un grand festival de musique qui a connu une transition importante. Elle a travaillé avec une organisation de jeunes leaders pour célébrer les réalisations de ses dix années d'impact.

Vanessa rend la pareille au niveau national en siégeant au conseil d'administration de Venture for Canada, une organisation caritative canadienne qui s'efforce d'encourager les jeunes à se lancer dans une carrière d'entrepreneur. Elle préside également le comité consultatif du programme de préparation à l'investissement de la Fondation canadienne des femmes et siège au comité directeur du projet de vie intergénérationnelle entièrement financé au Nouveau-Brunswick, iGen.








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